Adeline Gaffez -Artiste Peintre

Je vois en peignant, mais je peins en aveugle !
" Le regard est le lieu même de l’éveil à l’autre " de Lyonel Trouillot
Travaillant dans un registre non figuratif, je m’intéresse à la picturalité. J’élimine le sujet pour me concentrer sur la peinture elle-même.
Ma pratique s’oppose à la peinture nette, ordonnée, cloisonnée, bref à une peinture longuement composée. Je ne travaille pas à partir de dessins ou d’esquisses. Il n’y a aucune préparation quand je commence ma toile. C’est une pratique qui est plus instinctive qu’intellectuelle. C’est une peinture non figurative dont le sujet est l’acte même de peindre. Mon travail plastique est un jeu d’équilibre du contrôle que j’exerce sur la toile et la liberté que je laisse à la matière.
Pour permettre cette pratique, j’utilise une peinture prête à l’emploi mais qui a également une particularité qui est d’être liquide.
Je travaille avec un procédé assez simple, sur une toile posée au sol. Etre au-dessus de la toile permet plus facilement de répandre la peinture et d’avoir un geste plus libre. La toile est le témoin du geste car c’est lui qui actionne le mécanisme, c’est lui qui commande, dirige et régule le flux et la quantité de peinture.
Chaque peinture est une expérience unique, un moment d’action dans un temps concentré, limité.
Ma peinture et la peinture en général ne révèle pas la réalité, mais imposent plus une manière de voir. Paul Klee disait que la création est d’abord un mouvement préalable en nous, puis un mouvement agissant opérant, tourné vers l’œuvre et enfin le passage aux autres, aux spectateurs, du mouvement consigné dans l’œuvre.
La peinture est communication, passage d’une intention à une réception.
Le sens de l’œuvre tient plus d’un processus que d’une représentation déterminée. L’œuvre montre le résultat d’une action, le résultat d’une rencontre entre l’artiste et son médium.
Dans la peinture, le spectateur voudra saisir l’ensemble de la toile. Il fera dès lors l’expérience de la dispersion des éléments, il se focalisera sur certains détails plus que d’autre. Son regard parcourra et suivra les lignes qui se présentent à lui et le mènent d’un élément à l’autre selon, son propre rythme, son temps subjectif, sa perception, sa mémoire.
Dans mes tableaux, on retrouve un peu le concept de l’image eidétique ou le spectateur peut imaginer ou éprouver des sensations diffuses liées à une résonance familière, à une ressemblance, ou bien reconstituer le tableau, réinventer le cheminement mental qui a permis l’émergence de la peinture sur la toile.
L’œuvre dans ces cas là, recèle, en effet, d’un pouvoir de suggestion incomparable, laissant au spectateur la liberté de compléter lui-même en rêve les embryons d’image et l’espace vide.
On se rend compte que lorsque l’on regarde attentivement un tableau quelques instants, l’œil visualise, enregistre certains éléments, et l’imagination trouve des ressemblances.
Cela permet au spectateur d’avoir une vision singulière du tableau et comme le dit si bien Roger Callois : « l’imagination enrichit et complète la vision de l’œil, avec les trésors du souvenir, du savoir, de l’expérience, la culture et l’histoire, sans compter ce que, d’elle-même, au besoin, elle invente ou elle rêve ».
De ce fait, le spectateur constitue une histoire au gré de sa perception et de son imagination. Il ne vivra pas nécessairement la même histoire que celle d’une autre personne.
« Ce n’est pas une volonté de représenter une réalité visible observée qui a déterminé le processus créatif et orienté la main du peintre, c’est la peinture, l’expérience de la peinture, qui a produit l’image » de Alexandre Bohn.
Adeline GAFFEZ
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